Jeanne Hébuterne

Jeanne Hébuterne

1898 - 1920

Jeanne Hébuterne est née le 6 avril 1898 à Meaux, au sein d’une famille bourgeoise. Très proche de son frère André, qui deviendra lui-même artiste, elle développe très tôt des aptitudes en dessin. Dans les carnets de son enfance, elle croque des scènes de son quotidien, donnant à voir une vie de famille pesante, où l’autorité du père colérique se manifeste régulièrement et où la religion est omniprésente.

En 1914, Jeanne et sa famille emménagent à Paris. Trois ans plus tard, elle s’inscrit à l’Académie Colarossi, située au 10 rue de la Grande Chaumière, où elle perfectionne ses talents de dessinatrice et de peintre. Sa beauté singulière attire nombre d’artistes, dont Fujita, pour qui elle se met à poser. Ses amis la surnomment « noix de coco » en raison de sa peau très blanche, encadrée par des cheveux auburn qu’elle se plaît à tresser. Elle est présentée à Amedeo Modigliani, qui vient de rompre avec Simone Thiroux, qui est enceinte. C'est le début d'une passion forte et tumultueuse. Mais les parents de Jeanne, très catholiques, voient d’un mauvais œil que leur fille fréquente Modigliani, qui a très mauvaise réputation à cause de sa toxicomanie et son alcoolisme, sans le sou et juif de surcroît. Jeanne n’a pas le droit de découcher et rentre donc à la maison tous les soirs. Cela ne les empêche pas de se voir tous les jours et elle devient la muse du peintre. Fasciné par son aura, il multiplie les dessins et les portraits peints d’elle. En juillet de la même année, alors qu'elle n'a que 19 ans, Jeanne finit par poser un ultimatum à ses parents et fuit le cocon familial pour emménager avec Modigliani, qui en a 33, dans un studio au 8, rue de la Grande Chaumière.
 Amedeo Modigliani, au tempérament bien trempé, aux nombreux soucis de santé depuis son enfance, et qui est atteint de pleurésie et de tuberculose, trouve souvent refuge dans les drogues et l’alcool. Mais au contact de Jeanne, il retrouve une certaine insouciance et son inspiration se trouve décuplée, puisqu’il en fait sa muse. Pourtant, son style, inspiré des arts africains, lui fait déformer le visage rond de Jeanne, qui se retrouve avec une tête et un cou démesurément allongés. Le manque de ressemblance est notable jusque dans ses yeux que Modigliani peint en bleu au lieu du vert, leur véritable couleur.

Jeanne ne se reconnaît pas dans ces portraits et sort peu de l’atelier. Le début de sa production artistique présente donc majoritairement des autoportraits, des vues depuis la fenêtre ainsi que des portraits d’amis artistes. Les deux amants sont sans le sou, peinent à vendre leur production artistique. Modigliani craint de faire souffrir Jeanne à cause de son caractère difficile et souvent tempétueux. Il lui écrit à ce sujet : « Jeanne, tu es trop jeune et trop fraîche, tu pleures des larmes de lait, tu devrais rentrer chez tes parents. Tu n’es pas faite pour moi. » Mais la jeune fille s’accroche, peut-être sous l’emprise d’une forme d’admiration envers Amedeo, cet artiste si talentueux, plus âgé qu’elle et aussi en réaction à son foyer familial bien trop sérieux et strict. Tous deux se peignent, se dessinent, passant leurs journées dans l’atelier-appartement de Modigliani.

Au courant de l'automne 1918, l'agent de Modigliani, Leopold Zoborowski, convainc le couple de s'installer à Nice, dans l'espoir que les tableaux de Modigliani se vendent plus facilement aux riches amateurs qui passent l'hiver sur la Rivièra. Ils trouvent un appartement sur les hauteurs de la ville qui devient le lieu de création, un peu forcé, de Jeanne. Là encore, elle réalise principalement des autoportraits ainsi que des vues depuis sa fenêtre. En novembre 1918, une petite fille, Jeanne, naît à la maternité de Nice. Elle est déclarée à l'état civil comme fille de Jeanne Hébuterne, de père inconnu. Quand Jeanne est de nouveau enceinte, Modigliani reconnaîtra ce premier enfant et promettra par écrit d'épouser Jeanne.

De retour à Paris, ils se laissent dépasser par la situation : leurs revenus sont trop maigres pour subvenir aux besoins de leur fille. Ils prennent alors la décision de la placer chez une nourrice. À partir de ce moment là, Jeanne, qui présentait des fragilités psychologiques depuis déjà quelques années, sombre dans la dépression, envahie de pensées suicidaires. Modigliani voit sa santé se dégrader rapidement. Jeanne annonce qu'elle ne lui survivrait pas. Modigliani meurt le 24 janvier 1920. Les parents de Jeanne consentent alors à accueillir à nouveau leur fille désespérée, enceinte de huit mois. Le surlendemain, vers quatre heures du matin, échappant à la vigilance de son frère qui s’est endormi, Jeanne se jette du cinquième étage de l'immeuble de ses parents, laissant la petite Jeanne orpheline. C'est Margherita, la sœur d'Amedeo, qui prendra soin d'elle. 

Modigliani est enterré au cimetière du Père-Lachaise entouré de nombreux amis. Alors que Jeanne est enterrée au cimetière de Bagneux. Ce n’est que dix années plus tard que la famille de Jeanne Hébuterne consentira à l’inhumer à ses côtés.

Quant aux œuvres de Jeanne, elles ne sont découvertes qu’en 1992 à la mort de son frère André, qui avait soigneusement entreposé une dizaine d’œuvres de Jeanne dans sa cave.

Jeanne Hébuterne, La mort
La mort
1919
Aquarelle
Jeanne Hébuterne, Autoportrait
Autoportrait
Huile sur toile
Jeanne Hebuterne, Autoportrait
Autoportrait
1917
Huile sur carton
Jeanne Hébuterne - Autoportrait
Autoportrait
1916
Huile sur carton
Jeanne Hébuterne - Portrait d'Eudoxie Hébuterne
Portrait d'Eudoxie Hébuterne (sa mère)
1919
Huile sur toile, 92.2 x 54.2 cm
Jeanne Hébuterne - Le suicide
Le suicide
1919
Aquarelle